Buchtipp: „Naissance d’un pont“ von Maylis de Kérangal

Buchtipp: "Naissance d’un pont" von Maylis de KérangalMaylis de Kérangal : Naissance d’un pont Verticales, 316 pages 22,65 € Prix Médicis 2010, avec son 7ème roman, Maylis de Keyrangal (nom à coucher dehors) confirme son talent (pour ceux qui avait déjà lu ses précédents ouvrages) ou gagne l’admiration de nouveaux. Sa fresque américaine au style si particulier ne peut que séduire les plus revêches amateurs de romans époustouflants. L’histoire est simple : le maire mafieux d’une ville moyenne et perdue du sud des Etats-Unis décide de faire construire un pont dans sa ville afin de laisser une trace dans l’histoire. Du chantier nous suivons la progression à travers le parcours d’une dizaine de personnages aussi bien celui chef de chantier, super star des projets architecturaux mondiaux les plus délirants, que celles des gars embauchés pour faire les sales boulots. Passionnant de bout en bout, le livre se dévore comme une tragédie moderne où l’ubris et les passions humaines forment les deux grands piliers qui sont l’armature de cette « Naissance d’un pont ». Extrait : « Téléporté ainsi de biotope en biotope, à bord de vols long-courrier fi nissant bien souvent coucou biturbine, il ne reste guère plus de dix-huit mois sur un site et ne voyage jamais, dégoûté de l’exotisme, de sa trivialité – pleins pouvoirs du Blanc contre colonisation vengeresse des amibes, drogues et femmes dociles contre devises occidentales – et vit de peu, le plus souvent dans un logement situé aux alentours du chantier et loué par l’entreprise – un lieu radical à ce point c’est une blague : aucune de ces babioles que l’on traîne après soi, aucune photo punaisée sur une porte mais quelques livres, des disques, une télévision géante aux images couleurs Buitoni et un vélo, magnifi que machine en fi bre de carbone dont l’acheminement sur site à grands frais fi nit par faire l’objet d’une clause contractuelle unique dans les annales -, achète tout sur place – rasoir shampooing savon -, prend ses repas dans des gargotes huileuses et enfumées, deux fois par semaine avale un steak international au restaurant d’un hôtel, s’il y en a, se lève tôt, travaille à heures fi xes, chaque jour une courte sieste après le déjeuner et, les jours de grâce météorologique, enfourche son vélo pour cinquante kilomètres au moins, le vent sur le front, le buste couché sur la bécane, alors pédale à toute vitesse ; la nuit sort dans les rues, marche ou se faufi le, les tempes rafraîchies et le cerveau d’attaque, apprend les idiomes locaux dans les boîtes, dans les claques, dans les tripots – le langage des cartes comme une sorte de pidgin-english -, dans les bars. Car dipsomane, il l’est, on le sait tous, et depuis longtemps. »