Buchtipp: La carte et le territoire de Michel Houellebecq

Buch der Woche 40 in unserer Librairie francaise, der französischen Buchhandlung der Galeries Lafayette BerlinMichel Houellebecq : La carte et le territoire Flammarion, 428 pages 25,75 euros Houellebecq is back. Déçue par son manque de mordant, son manque de provocation ? Non, au contraire, j’avoue tout : le livre m’a plu et il m’a fait rire. Par moment un peu caricatural (les passages sur le monde de la télévision le sont), parfois un peu Brett Easton Ellisien sur les bords (faire de soi-même un des personnages centraux du roman), mais y sourd toujours cette douce mélancolie des centres commerciaux chère à l’auteur au sac prisunic. En vrac on y parle d’art contemporain, de l’avenir de la France en grand parc touristique pour chinois en goguette, d’une relation père-fils qui prend de l’épaisseur à l’approche de la mort, d’une conversation entre un artiste et son chauffe-eau, de Begebeider et et de Houellebecq bien sûr ! Mais avant tout, le roman tend (comme les précédents) vers cette question existentielle : quel avenir pour l’humanité ? Houellebecq y apporte une nouvelle réponse, beaucoup plus satisfaisante que les précédentes. Á vous de vous faire un avis… Extrait: Jeff Koons venait de se lever de son siège, les bras lancés en avant dans un élan d’enthousiasme. Assis en face de lui sur un canapé de cuir blanc partiellement recouvert de soieries, un peu tassé sur lui-même, Damien Hirst semblait sur le point d’émettre une objection ; son visage était rougeaud, morose. Tous deux étaient vêtus d’un costume noir – celui de Koons, à fines rayures – d’une chemise blanche et d’une cravate noire. Entre les deux hommes, sur la table basse, était posée une corbeille de fruits confits à laquelle ni l’un ni l’autre ne prêtait aucune attention ; Hirst buvait une Budweiser Light.   Derrière eux, une baie vitrée ouvrait sur un paysage d’immeubles élevés qui formaient un enchevêtrement babylonien de polygones gigantesques, jusqu’aux confins de l’horizon ; la nuit était lumineuse, l’air d’une limpidité absolue. On aurait pu se trouver au Qatar, ou à Dubai ; la décoration de la chambre était en réalité inspirée par une photographie publicitaire, tirée d’une publication de luxe allemande, de l’hôtel Emirates d’Abu Dhabi.   Le front de Jeff Koons était légèrement luisant; Jed l’estompa à la brosse, se recula de trois pas. Il y avait décidément un problème avec Koons. Hirst était au fond facile à saisir : on pouvait le faire brutal, cynique, genre “ je chie sur vous du haut de mon fric “ ; on pouvait aussi le faire artiste révolté (mais quand même riche) poursuivant un travail angoissé sur la mort ; il y avait enfin dans son visage quelque chose de sanguin et de lourd, typiquement anglais, qui le rapprochait d’un fan de base d’Arsenal. En somme il y avait différents aspects, mais que l’on pouvait combiner dans le portrait cohérent, représentable, d’un artiste britannique typique de sa génération. Alors que Koons semblait porter en lui quelque chose de double, comme une contradiction insurmontable entre la rouerie ordinaire du technico-commercial et l’exaltation de l’ascète. Cela faisait déjà trois semaines que Jed retouchait l’expression de Koons se levant de son siège, les bras lancés en avant dans un élan d’enthousiasme comme s’il tentait de convaincre Hirst ; c’était aussi difficile que de peindre un pornographe mormon.