Buchtipp: La ballade de Lila K. de Blandine Le Callet

Buch der Woche 39 in der Librairie francaise, der französischen Buchhandlung der Galeries Lafayette BerlinBlandine Le Callet . La ballade de Lila K. Stock, 400 pages 25,15 euros Après la légèreté d’Une pièce montée, Blandine Le Callet revient avec un roman d’anticipation surprenant. Lila est une enfant surdouée et sauvage, de sa petite enfance elle n’a que peu de souvenirs mais elle aime se blottir sous son lit ou dans un placard pour se sentir à l’abri. Lila vit au sein d’une institution chargée de réhabiliter les enfants “ maltraités “ par la vie. À travers son regard, nous découvrons la société des années 2100 : clivage ville- Zone (une banlieue étendue), dérive sécuritaire avec son cortège de caméras de surveillance, disparition du livre papier au profit de lecteurs numériques aux textes censurés, amputés. Sans en avoir l’air, Blandine Le Callet nous décrit un monde pas si éloigné du nôtre… Aimerons-nous y vivre ? Extrait : Le Centre Quand je suis arrivée dans le Centre, je n’étais ni bien grande, ni bien grosse, ni en très bon état. Ils ont tout de suite cherché à me faire manger. Me faire manger, c’était leur obsession, mais c’était trop infect. Chaque fois qu’ils essayaient, je détournais la tête en serrant les mâchoires. Lorsqu’ils parvenaient malgré tout à me glisser une cuillerée dans la bouche, je la recrachais aussitôt. Plusieurs fois j’ai vomi, de la bile et du sang. C’est écrit dans le rapport. Finalement, ils m’ont attachée sur mon lit, puis ils m’ont enfoncé une sonde dans le nez, et m’ont nourrie par là. On ne peut pas dire que c’était confortable, mais enfin, c’était mieux qu’avaler leurs immondices. Je ne supportais pas le moindre contact. C’est écrit en page treize : Hurle dès qu’on la touche. Juste après : Sédation. Sédation, ça veut dire injections d’anxiolytiques, sangles, et musique douce pour enrober le tout d’un peu d’humanité. Voilà comment ils sont parvenus à me faire tenir tranquille et à me trimbaler de service en service afin d’effectuer leurs batteries d’examens : ils m’ont palpée, auscultée, mesurée, pliée dans tous les sens. Ils m’ont planté des aiguilles dans le corps, ont branché sur moi des machines. Ils m’ont photographiée, aussi. Je pleurais sous les flashes. Alors ils m’ont donné des lunettes noires qui tenaient avec des élastiques, et je n’ai plus rien dit.