Buchtipp: „Hotel Argentina“ von Pierre Stasse

Buchtipp der Librairie francaise in den Galeries Lafayette Berlin: "Hotel Argentina" von Pierre Stasse Pierre Stasse : Hotel Argentina Flammarion, 239 pages

Simon quitte. Il quitte Paris, il quitte sa mère célibataire, ses amis, rend son studio. Il s’évanouit de France pour rejoindre Buenos Aires. Un coup de tête ? Une envie de changement ? Pas tout à fait. Simon part pour l’Argentine car il sait que c’est le dernier endroit où son père, qu’il n’a jamais connu, a vécu. Parfait roman initiatique où notre jeune héros à peine sorti de l’adolescence doit découvrir qui il est et d’où il vient. Ce sera dans cette ville tentaculaire, abasourdie de chaleur et en compagnie des enfants richissimes d’un juif allemand ayant miraculeusement évité la grande boucherie de la seconde guerre mondiale. Sous la plume de Pierre Stasse, l’errance décontractée et nabokovienne de Simon est élégante, épicée et reste mystérieuse jusqu’au dernière page. Un second roman séduisant et plus que prometteur. Extrait : “ L’odeur puissante des fleurs adoucissait la fin d’après-midi. Même les gouttes de transpiration entre mes omoplates semblaient fraîches. Dans le restaurant de ma mère, où en trois ans j’avais occupé tous les postes, à l’exception de quelques-uns en cuisine, les tables se recroquevillaient afin de composer avec l’espace réduit de la salle. Malgré le charme du lieu et la convivialité qui y perdurait, aucune terrasse n’agrémentait la longue pièce bordée de glaces. Et rien ne reproduit artificiellement la bruit de l’ombre en été. Je goûtais la douceur, peu préoccupé par mes recherches d’appartements. La cacophonie urbaine s’apaisait dans le jour brunissant. De ma sacoche, je sortis une éditions de poche du Roi Lear, emportée à la hâte et sans réflexion dans mon périple argentin. Du théâtre de Shakespeare, et du théâtre en général, je ne possédais que de vagues souvenirs d’ennui profond. J’aimais pourtant le théâtre. J’aimais cette histoire où les fous sont sages et les désillusions nombreuses. Je ne lisais que très rarement, et pas une ligne depuis l’arrivée à Buenos Aires. Seul à ma table, j’essayais de trouver dans ces pages le plaisir disparu des représentations sans fin. – Mais qui est avec lui ? Nul autre que le fou, qui fait de son mieux pour panser les blessures de son cœur par un redoublement de plaisanteries. La voix qui avait récité cette réplique dévoilait un accent complexe, sorte d’allemand plongé dans un castillan trop littéraire. Le résultat teintait son français de sonorités inhabituelles, mais sans failles. Un peu plus loin sur la terrasse, patientait un homme vêtu d’un costume clair sans cravate. Ses cheveux coupés ras répondaient à la noirceur de sa barbe naissante. Un homme d’une beauté franche, virile, à l’apparence aussi soignée que son visage était équilibré.“