Buchtipp: „Histoire d’un Allemand de l’Est“ von Maxim Leo

Buchtipp: "Histoire d’un Allemand de l’Est" von Maxim LeoMaxim Leo : Histoire d’un Allemand de l’Est Actes Sud, 301 pages 26,65 € Maxim Leo, journaliste de 40 ans, parfaitement adapté à sa vie berlinoise dans un quartier on ne peut plus bourgeois, se replonge dans l’histoire de sa famille alors que son grand-père maternel est frappé d’une attaque et se retrouve privé de la parole. D’entretiens en lecture de mémoires ou de dossiers de la Stasi se dessine plus qu’une histoire d’un Allemand de l’Est, mais l’histoire d’une famille allemande au cours du XXème siècle. Leo n’élude aucune problématique, aucun souvenir gênant ce qui donne à son récit cette vibrante tonalité de vérité. Ici personne n’est un salaud intégral ou un héros parfait. La vie s’est attaquée à tous en en faisant soit des combattants des forces libres soit des citoyens modèle sous le régime nazi et sous la dictature socialiste. Le récit s’attache volontiers à ces contradictions que Leo, qui avait 20 ans à la chute du mur, fait aussi siennes en questionnant son attachement à la DDR. Captivant de bout en bout : un indispensable. Les premières lignes : « Lorsque j’entrai dans sa chambre d’hôpital, Gerhard se mit à rire. Il voulut dire quelque chose. Des mots étranges, gutturaux, sortirent de sa bouche. Puis il rit de nouveau. Je ne me rappelle pas que mon grand-père ait jamais pris pareil plaisir à me voir. Le médecin m’expliqua que l’attaque avait endommagé la zone du langage de son cerveau. Qu’excepté des sentiments, il ne pouvait désormais plus rien exprimer, et que le rationnel était bloqué. Je me     suis dit que jusqu’ici ça avait toujours été exactement le contraire. Gerhard s’adressait à moi. Je fis mine de comprendre quelque chose. Je finis par lui dire qu’hélas, je ne comprenais rien du tout. Gerhard hocha tristement la tête. Il avait peut-être espéré que je pourrais le libérer de son mutisme. Comme je l’avais si souvent, jadis, aidé à se sortir de la rigidité de ses sentiments, avec une plaisanterie ou une remarque insolente qui ébranlait son autorité. J’étais le clown de la famille, celui auquel on ne prête jamais de mauvaises intentions. Je pouvais chatouiller un peu le héros familial, l’homme que nul n’osait contredire. La lumière claire du printemps brillait à travers la fenêtre de la chambre d’hôpital. Le visage de Gerhard était flasque et vide. Nous nous taisions. J’aurais aimé discuter avec lui. Je veux dire : discuter vraiment. Le plus souvent, au bout de dix minutes au maximum, les conversations avec Gerhard se transformaient en monologues sur ses derniers succès en date. Il parlait des livres qu’il était en train d’écrire, des conférences qu’il avait tenues, des articles de journaux qui parlaient de lui. J’ai tenté à plusieurs reprises de lui en faire dire plus – plus que les histoires connues de tous. Mais il ne voulait pas. Il est possible qu’il ait eu peur d’une trop grande proximité. Qu’il se soit habitué à être un monument. »