Buchtipp: L’homme mouillé de Antoine Senanque

Buch der Woche 38 der Librairie Francaise, der französischen Buchhandlung der Galeries Lafayette in BerlinAntoine Senanque : L’homme mouillé Grasset, 203 pages 20,40 euros Mon coup de cœur de la rentrée, loin des poids lourds de l’édition française, loin de romans dont on nous rebat les oreilles. Antoine Senanque, neurochirurgien à la ville, tisse un roman dans un langue subtile et précise. Nous voilà à Budapest en 1938 sur les pas réglés de Pal Vadas, employé minutieux des postes de l’Empire. La Hongrie alors se réjouit de l’Anschluss de l’Autriche. Pal, pâle figure dont la vie se poursuit chaque jour comme le précédent, se réveille, ce matin du 12 mars, trempé de sueur. Commence alors le récit d’une métamorphose : celle d’un homme sans histoire dont le dérèglement énigmatique va vite devenir suspect en ces temps troublés. Le texte est maîtrisé de bout en bout et évoque par son ambiance et son talent la littérature de la Mitteleuropa. Une réussite ! Premières lignes : Pal Vadas se réveilla recouvert d’eau salée. Il trouva ses draps imbibés d’une eau sombre qui avait pénétré son matelas. Une ligne humide et froide marquait les contours de son corps. Le tissu de sa veste pesait sur sa peau. Ses mains étaient moites. La chaleur de la nuit avait été inhabituelle, en ce mois de mars 1938. Il fut surpris par l’abondance de cette sueur et s’étonna de ne pas ressentir le besoin de boire. Jour d’anniversaire. Son père avait disparu le 12 mars 1917. Ses restes reposaient en France, sous une croix qui portait le numéro de son bataillon, avec ceux d’autres soldats aux identités incertaines. Il veillait à entourer la date sur le calendrier qui prenait sa place chaque premier janvier, au-dessus de la cheminée de son salon. La date avait de l’importance car il ne pensait à son père qu’une seule fois par an. Le 12 mars. Et plus particulièrement lors de sa préparation matinale dans la salle de bains quand il taillait le fin collier de barbe qui dessinait un arceau sur son visage, fermé au sommet par la ligne ininterrompue de ses sourcils épais. Pourquoi à cet instant précis et au cours de cette activité qu’il renouvelait chaque jour, immuablement ? Pal Vadas ne le savait pas.